
Le site du Poste de traite de Chicoutimi, un site sacré et Métis d'abord, historique ensuite...
Bonjour Roger,
Je porte une attention toute spéciale à ton papillon littéraire publié dans le Progrès-Dimanche de ce 13 janvier 2008, à propos du site historique du poste de traite de Chicoutimi. Je suis entièrement d'accord avec toi quand tu soutiens que c'est là « un des plus importants vestiges autochtones et métis du Québec », qu'il est « inexploité » et qu'il mérite une attention toute spéciale. À cet égard, je m'empresse de préciser que ce site est le plus vieux site d'occupation humaine remontant à l'époque des premiers contacts euro-canadiens au Saguenay, et que c'est là, en 1671-1672, que Nicholas Peltier (un de mes ancêtres) a semé les premiers germes du peuple Métis de la Boréalie.

En 1982, j'étais avec l'abbé Jean-Paul Simard, lors de sa dernière saison de fouilles sur ce site. Il m'avait affecté à deux tâches : creuser avec une petite truelle et un petit pinceau les environs de la chapelle, et essayer de découvrir le site du cimetière des Sauvages où reposent les mânes de nos ancêtres. J'avais, comme assistant et compagnon, un Ilnut de la Côte-Nord. L'abbé nous avait choisi tous les deux pour ce travail (le Métis et l'Indien), parce qu'il savait ce que cela représentait pour nos deux peuples et pour nous, dans notre intimité sacrée. L'abbé Jean-Paul était un père pour nous. Des citoyens de l'endroit étaient venus nous dire qu'ils y avaient trouvé, dernièrement, des os humains, dont un fémur. J'ai vu, avec l'abbé Jean-Paul, ces ossements que nous avons ré-inhumés pieusement, sans dire mot, dans la terre du site, non loin du rocher de la chapelle, dans le vieux cimetière. Nous étions, ce jour-là, très émus lui et moi.

Évidemment, je suis d'accord avec une exploitation de ce site, mais, attention, pas n'importe comment ! Il faudra lui consacrer un plan d'intervention intelligent qui tient compte de tout ce qu'il représente. Ne pas oublier, pour un, qu'une fouille archéologique, à laquelle je ne m'oppose pas, aura pour conséquence irréversible de détruire l'intégrité du site et qu'on ne peut pas se reprendre lorsqu'elle aura été effectuée. Pour deux, il faut considérer que ce site porte à lui seul tout le sens de l'histoire du Saguenay, du Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord. Et pour trois, et c'est là le plus important à mes yeux, il y a là, dans ce site, les mânes de nos ancêtres qu'il faut respecter par-dessus tout autre considérant.
Russel Bouchard
Lien de Mémoire de la CMDRSM
Historien officiel de l'Union Métisse Est-Ouest
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