mardi, novembre 17, 2009

Ilnutsh contre Métis : Une plume en or pour le Grand-Chef Dominique !



Je suis sciée en deux d’apprendre dans Le Quotidien du 16 novembre, que la facture de Mashteuiatsh, dans le cadre des négociations avec Ottawa et Québec, gonfle de 800 000$ par année pour atteindre, aujourd’hui, 13 M$. On ne peut pas dire que le Grand-Chef des Ilnutsh de Mashteuiatsh, Gilbert Dominique, se mouche avec des pelures d’oignon et qu’il a besoin de découper les spéciaux du jour encartés dans Le Quotidien pour faire son épicerie ! « On ne s’est pas mis de limites, dit-il avec la plus belle des assurances. L’argent est prêté par le gouvernement fédéral, car une communauté n’aurait pas les moyens de se payer de bons négociateurs, une équipe terrain, des experts et des avocats. »

« Il est évident, écrit encore M. Gilbert Dominique, que Mashteuiatsh ne pourrait pas se retrouver avec une dette de 20 à 30 M$. Ce serait énorme ! » Merci de nous le rappeler là aussi ! Traduction : qu’il perde ou qu’il gagne ses causes, traité ou pas traité, ce n’est pas Mashteuiatsh qui va payer la note. Belle justice ! Cette seule déclaration devrait apaiser la crainte du maire de Saguenay qui « continue de croire qu’un traité contribuera à créer une forme d’inégalité dans la population ».

Voilà qui a au moins le mérite d’être clair ! Si le Grand Chef Gilbert Dominique a besoin d’une pelle en or pour creuser sa différence qu’il entend sacraliser dans un traité blindé, il n’a qu’à demander. Le fédéral mettra le tout sur l’ardoise, et il n’aura plus qu’à attendre la signature du traité qu’il réclame pour remettre le compteur à zéro. Et ce n’est là, la facture, que pour la seule communauté de Mashteuiatsh ! Combien pour Essipit ? Pour Nutashquan ? Pour les autres ?...

Et que dire maintenant des Métis, cet autre groupe autochtone qui se bat bec et ongles depuis quatre ans, sans un sou, pour simplement obtenir le respect qui lui est dû en tant que peuple autochtone reconnu par la Constitution canadienne ?

Que faut-il penser, d’une telle déclaration publique, d’un tel aveu du Grand-Chef Gilbert Dominique ? Quand on sait que les Ilnutsh de Masteuiatsh ont demandé d’être inscrits dans la cause des Métis alors qu’il leur refuse le simple droit d’être noté dans le futur traité et qu’il sait qu’il n’a pas à s’inquiéter de la facture ! Quand on sait que le gouvernement du Québec a déjà investi plus d’un million de dollars auprès des avocats qui les représentent pour nier le droit même à l’existence des Métis ! Quand on sait que les 22 spécialistes et les firmes d’avocats engagés par le gouvernement du Québec pour soutenir sa cause de déni à l’endroit du Peuple Métis, sont tous payés selon les protocoles de l’administration publique et honorés de leurs dépenses par l’État ! Quand on sait que les Métis n’ont pas de quoi payer un seul spécialiste pour s’opposer à une telle machination qui vise à la dépossession de leur titre autochtone et à l’extinction de leurs droits ! Quand on sait que la lutte juridique qui oppose les Métis au gouvernement du Québec –et aujourd’hui aux Ilnutsh de Mashteuiatsh– confirme le principe de l’inégalité des droits et des chances en matière autochtone dans l’espace québécois et dans l’esprit des chefs Ilnutsh !

Cela dit, la sagesse de mon début de soixantaine aidant, je me garderai donc de qualifier les gémissements du chef de Masthteuiatsh eu égard à ses petits malheurs qui ressemblent à ceux des gens riches ! Mais je me permettrai de lui rappeler que, dans son jugement du 19 août 2009 concernant sa propre requête de venir faire obstruction à la cause des Métis, le juge Roger Banford a tenu à préciser, article 33, que : « la démarche des Premières Nations est d’abord dictée par un intérêt personnel de chaque groupe [Ilnutsh inscrits au rôle], à savoir : éviter de partager avec un autre groupe autochtone [en l’occurrence les Métis], des droits ancestraux constitutionnellement reconnus sur un territoire revendiqué. »

Quand on n’a pas à s’inquiéter de la facture à acquitter, faut-il maintenant s’étonner du fait que les Ilnutsh aient décidé d’aller en appel de ce jugement qui lui est défavorable et qu’ils réclament au plus sacrant la signature du Traité tant dénoncé par les Métis et par l’ensemble de la communauté saguenéenne ?!?

Russel-A. Bouchard
Chicoutimi
16 novembre 2009

mardi, juillet 21, 2009

La municipalité de St-Bruno, Lac-Saint-Jean, reconnaît à son tour sa communauté métisse historique


COMMUNIQUÉ DE PRESSE 2009-07-21

La Municipalité de St-Bruno au Lac St-Jean vient de reconnaître officiellement la présence des Métis et leur participation à la vie communautaire de son territoire par l’adoption d’une résolution du Conseil municipal du 6 juillet dernier.

Le C.A du Clan Métis Lac St-Jean/Piékouagamy prend acte avec enthousiasme de cette reconnaissance d’autant significative que St-Bruno est une municipalité dynamique, située en plein cœur de l’axe Lac-St-Jean/Saguenay, industrieuse et accueillante. St-Bruno constitue un autre fleuron pour les Métis de la Boréalie après une douzaine de municipalités de la Côte-Nord et du Saguenay qui ont incidemment posé le même geste.

Extrait de la résolution de la résolution du Conseil municipal de St-Bruno
RÉSOLUTION NUMÉRO 189.07.09 : Une lettre du Clan des Métis Lac St-Jean/Piékouagamy – demande d’appui

M. Richard Harvey, Métis et porte-parole du Clan des Métis Lac St-Jean/Piékouagamy, sollicite notre appui aux démarches entreprises depuis 2005 par les Métis de la Boréalie pour se faire reconnaître en tant que peuple autochtone.

CONSIDÉRANT que les gouvernements du Canada, du Québec et les Premières Nations de Mamuitun et de Nutashkuan ont signé à Québec le 31 mars 2004 « l’Entente de principe d’ordre général » ;

CONSIDÉRANT que le Traité à signer est présentement en négotiation entre les parties;

CONSIDÉRANT que la municipalité de Saint-Bruno comme d’autres municipalités est préoccupée par la teneur des négociations actuelles;

CONSIDÉRANT l’Acte constitutionnel de 1982 et son article 35 (2), « dans la présente loi, « peuples autochtones du Canada » : s’entend notamment des Indiens, des Inuits et des Métis du Canada »;

CONSIDÉRANT le jugement Powley de 2003 rendu par la Cour Suprême du Canada concernant l’existence d’une communauté métisse dans la région de Sault-Ste-Marie en y précisant les critères appropriés quant à l’existence même de cette communauté et reconnaissant les droits des Métis et des communautés métisses du Canada;

POUR CES MOTIFS,

Il est proposé par Mme Hélène Claveau, appuyée par M. Fernand Bouchard et résolu unanimement que la municipalité de Saint-Bruno reconnaisse l’existence d’une communauté métisse sur son territoire et demande aux gouvernements du Québec et du Canada d’en faire autant.

Le 6 juillet 2009.


Richard Harvey, porte-parole
et représentant du Clan Lac St-Jean/Piékouagamy

dimanche, juin 21, 2009

Les Métis du Saguenay célèbrent la fête des Autochtones...

Les Métis du Saguenay célèbrent la fête des Autochtones dans le mépris que perpétue le Canada depuis sa loi de 1851 à leur endroit

Photo ci-dessus : Cérémonie d'offrande de tabac, 21 juin 2009, par les membres du Conseil des Femmes métisses de la Boréalie et leur Lien de Mémoire, sur le site du poste de traite de Chicoutimi, là où se sont faites les rencontres à compter de 1671, et où est né le Peuple métis de la Boréalie. Cette tradition a été établie le 21 juin 2005, lors de la cérémonie historique du réveil de l'ours. C'est notre manière de rendre hommage aux mânes de nos ancêtres Métis, Indiens et Euro-canadiens qui reposent dans la terre sacrée du poste de traite de Chicoutimi. Cela étant et cela dit, pour ceux et celles qui pourraient y voir là une hérésie, rassurez-vous personne n'y était en fonction de « porteur de pipe officiel » et nul ne s'est manifestée en ce sens lors de cet événement. C'est un rappel de nos traditions et un respect dû à nos ancêtres. Rien d'autre...
Voir les autres photos, à la fin du texte.



Les Peuples fondateurs de l'Amérique sont en fêtes

Les Autohtones du Canada sont en fête. De fait, le 21 juin, date officiellement reconnue par les autorités et les groupes concernés, est la Journée nationale des Autochtones. Partout à travers le Canada, de l’Atlantique au Pacifique sans oublier l’Arctique, des manifestations culturelles et politiques importantes se sont déroulées au cours de cette fin de semaine, pour permettre à ces peuples fondateurs de première ligne de célébrer leur appartenance et signifier au reste du monde qu’ils sont là depuis le début, qu’ils ne sont pas morts ni disparus comme les colonisateurs l’ont prévu, espéré et prétendu avant l’heure, et qu’ils sont en mode reconstruction en dépit de tout ce que le Canada a fait pour les ethnocider depuis sa loi de 1851.

Pourtant, depuis 1982, en fait depuis le rapatriement de la Constitution canadienne par le gouvernement libéral de Pierre Elliot Trudeau, Article 35, le Parlement canadien a établi, dans la première Loi du Pays, qu’au Canada, pays de nos aïeux et des Canadiens errants, les Autochtones sont « notamment les Indiens, les Métis et les Inuit ». Ce qui laisse même une place aux… Canadiens français puisqu’ils étaient là avant que l’Empire britannique vienne écraser sa grosse botte crottée sur nos têtes et planifier notre extinction, et puisque c’est ce même Empire, par le biais du Parlement canadien, qui a permis à Michaël Jean de se mettre une couronne vice-royale canado-britannique sur la tête.


Les Métis, eux aussi, ont le droit à la dignité !

Dans l’édition du Progrès-Dimanche du 21 juin 2009, page 44, Christine Martel, journaliste cantonnée au Lac-Saint-Jean, souhaite bonne fête aux Autochtones de notre région et prétend que « Mashteuiatsh est la seule communauté autochtone du Saguenay–Lac-Saint-Jean ». Cette assertion est tout ce qu’il y a de plus faux ! En plus de dénaturer la réalité historique et perpétuer un mensonge social, culturel, ethnique et politique, elle crée un immense préjudice aux Métis de la Boréalie québécoise (dont le Saguenay, le Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord). Et comme cette sorte de mensonge plaît bien aux gouvernements fédéral et provincial, le Gouverneur Général du Canada, l’Haïtienne d’origine, Michael Jean qui aime bien s’envoyer de la petite fumée dans les narines et manger du phoque cru en jouant le rôle de la fée Marraine des Autochtones, s’est déplacée au Lac-Saint-Jean pour confirmer officiellement le mensonge et nous mépriser.

Que les Indiens de Mashteuiatsh fêtent à leur façon la fête des Autochtones, cela est très bien et nous souhaitons bonne fête à cette communauté qui semble bien occuper à recevoir ses visiteurs de marque. Que les Indiens du Lac-Saint-Jean soient fiers d’appartenir à un peuple fondateur et qu’ils se qualifient eux-mêmes de Premières nations, nous comprenons leurs besoins de se reconstruire eux aussi et nous nous unissons à leur désir de se refaire une dignité et une prospérité sur les cendres de la colonisation française et britannique. Mais ce bonheur renouvelé qui leur est un juste dû ne les autorise pas pour autant à détourner l’Histoire des Amériques de son véritable sens, à perpétuer l’idée mensongère qu’ils sont les seuls en ce Pays à jouir d’un tel droit de se dire ainsi. Et cela ne les autorise pas plus à nous mépriser, nous les Métis, comme ils le font depuis que les gouvernements colonisateurs leur ont donné cette autorisation.


Une Constitution bafouée par ses gardiens et la vice-reine du Canada

Je l’ai déjà écrit : les Indiens sont un peu nous et nous sommes un peu eux. Si les Métis de la Boréalie québécoise n’existent pas, ce qui est un déni d’histoire et du négationniste à la sauce canado-indienne, c’est donc que le Nitassinan est un pays imaginaire et que les Ilnutsh n’existent pas eux non plus car, faut-il le répéter que cela leur plaise ou non, nous avons les mêmes ancêtres Indiens et Euro-canadiens qu'eux, nous nous souvenons d’eux et nous les honorons. Que les Ilnutsh de Mashteuiatsh se disent Indiens et fiers de l’être, qu’ils se passent la pipe sacrée entre eux et qu’ils la passent à leurs visiteurs étrangers venus d’Ottawa, cela ne nous pose pas de problème non plus et nous leur envoyons de la bonne fumée en leur direction pour cette journée mémorable qui leur appartient à eux aussi. Que le Grand Manitou des Métis les protège ! Mais qu’ils se réclament, avec la présence réconfortante de Michaël Jean, comme les seuls Autochtones de cette partie du Continent est une insulte à la vérité historique doublée d’une injure aux Métis qui ont eux aussi le droit à la vie, à la reconnaissance et à la dignité humaine.

Pour nous, du Peuple métis de la Boréalie, c’est une souffrance de plus, de constater que le gouvernement Canadien continue d’appuyer le déni de notre histoire. Il se tire lui-même dans le pied car il contrevient à sa propre Constitution, la Loi suprême qui lui confirme son droit de gérance sur le pays, son droit de le piller et de le dominer par la division et par Indiens interposés. Quand un tel fait se produit, le Pays n’existe plus et le Parlement perd toute sa légitimité…

Nous, les Métis de la Boréalie québécoise, nous dénonçons ce mépris, nous refusons cela et nous nous en souviendrons le 1er juillet…

Russel-A. Bouchard

La cérémonie sur le site de la chapelle, du presbytère et du cimetière du poste de traite de Chicoutimi, a été accompagnée d'une vibrante communication adressée par l'abbé Clermon Rainville (à droite), et par la bénédiction du site et des gens présents, un geste spirituel et historique. L'abbé Rainville a plaidé en faveur du sens qu'il faut donner à la vie et à la réconciliation. Ce qui devrait être communiqué aux deux gouvernements coloniaux d'Ottawa et de Québec qui n'ont toujours pas cessé de mépriser les Métis et qui les poursuivent à coups redoublés dans leurs Cours de Justice dans l'espoir de leur ravir le droit d'exister.

Le président-chef de la CMDRSM, Jean-René Tremblay, et une partie des Métis présents sur le site de Chicoutimi, le 20 juin 2009.

Le lien de mémoire du Peuple métis de la Boréalie, Russel-A. Bouchard, explique à l'assistance l'organisation architecturale et matérielle du poste de traite Chicoutimi.

Symbolisant les quelque 250 ans d'occupation des lieux par les Métis canado-amérindiens et le lieu de passage que constituaient alors la rivière Chicoutimi, le lac Kénogami et la Belle-Rivière, avant d'arriver sur le Piekouagami. Le canot, comptant un rameur, un Métis et sa Fée des bois, figure l'arrivée traditionnelle sur la rive du lac Kénogami.

Difficile d'y échapper, l'artisanat métis était à l'honneur. Carole Fraser, l'artiste, montre une dent d'ours noir monté en collier, et Clermon Maltais avec un très joli collier formé d'une paire d'incisives de castor. Il faut féliciter l'artiste pour la gamme variée et la qualité de sa production.

dimanche, juin 07, 2009

D'un gouvernement légitime pour le Peuple métis de la Boréalie



Une autre belle victoire : la municipalité de Larouche
reconnaît officiellement sa communauté métisse


Les élus de la petite municipalité de Larouche, le point de jonction entre le Saguenay et le Lac-Saint-Jean, viennent de reconnaître l’existence d’une communauté métisse fondatrice sur leur territoire. L’affaire s’est passée, sans tambours ni trompettes, lors de la dernière séance du conseil municipal tenue en cet hôtel de ville, le 1er juin dernier. C’est la douzième municipalité de la Boréalie québécoise (qui comprend les territoires des anciens Postes du Roi reconnus dans l’ordonnance de l’intendant Hocquart, en 1733), à emboîter le pas à Chicoutimi (Saguenay !) et à commettre ce geste à la fois lourd de symboles et prometteur d’avenir.

Les directeurs de la Communauté métisses du Domaine du Roy/Mingan (CMDRSM), qui ont travaillé dur et bien pour en arriver à ce beau résultat, ont raison de se réjouir d’un tel appui. Douze municipalités du Saguenay–Lac-Saint-Jean–Côte-Nord qui reconnaissent officiellement l’existence d’une communauté métisse franco-amérindienne sur leur territoire, ce n’est pas rien dans cette lutte collective menée pour la reconnaissance officielle de nos titres, le recouvrement de nos droits ancestraux et le rétablissement de notre dignité.


Encore loin de la coupe aux lèvres

Quand le chef de la CMDRSM affirme que l’histoire et la réalité actuelle plaident en faveur de la reconnaissance du Peuple Métis de la Boréalie, il n’y a rien à redire et il a effectivement raison de s’avancer de la sorte devant les micros. Quand il ajoute qu’il y a « urgence pour le gouvernement du Québec de mettre fin à sa politique d’acharnement et d’ignorance à [l’encontre] des Métis », il a, encore là, doublement raison, et on ne peut que souscrire à cette juste réclamation dont nous sommes collectivement dépouillés depuis la sordide loi de 1851.

Mais quand le même chef, sans doute émoussé par l’euphorie du moment, avance candidement que « la CMDRSM représente le peuple métis de la Boréalie du Québec », il est aussi juste et pertinent de lui rappeler qu’il exprime un souhait plus qu’une réalité. Il doit de suite revenir sur Terre pour mieux s’occuper des deux ou trois choux qu’il a si laborieusement plantés dans son petit jardin ! Le temps de la récolte est encore loin. Il faut bien recouvrir les semis. Car il y a toujours possibilité d’une gelée rebelle qui remet les pendules au point de départ.

Prudence ! Prudence ! Avant d’y arriver, la route est longue, semée d’embûches et soumise à toutes les imprévues. À cette heure-ci de cette lutte démesurée qui nous oppose aux deux paliers de gouvernements supérieurs qui mettent des million$ de dollar$ pour trahir notre histoire et nous débouter par des règles de droit qui n’ont strictement rien à voir avec la réalité historique ; à cette heure-ci, c’est s’avancer périlleusement dans le champ de la spéculation, c’est prendre tout un chacun pour acquis, c’est être bien imprudent. Pour l’heure, il importe donc de rappeler à tout notre monde qu’il y a encore loin de la coupe aux lèvres et il faut prendre le temps de préciser que la CMDRSM, malgré tout le beau travail qu’elle a accompli en quatre ans, n’est qu’une corporation à buts non lucratifs qui ne représente que l’intérêt des membres qui la forment. Le temps venu, lorsque les gouvernements y seront arrivés de peine et de misère, il faudra alors mettre de l’avant un processus de représentation populaire qui tient compte de considérants nationaux traditionnels et démocratiques qui ont bien peu à voir avec les souhaits personnels et les vues de l’esprit de quelques-uns.


En bout de piste, c'est le peuple qui devra avoir le dernier mot

Dans cette réalité en devenir, comprenons qu’il y a d ‘abord les Métis(ses) qui se reconnaissent et les Métis(ses) qui s’ignorent ; qu’il y a aussi la CMDRSM, l’AAQ et les futurs groupes issus d’une possible fracture en leur propre sein ; et qu’il y a, à l’infini, tout ce qui peut provenir de la volonté d’une légitime représentation qui s’écarte radicalement de la voie tracée par ces deux mouvements fondateurs. Si aujourd’hui est un bon jour pour les membres de la CMDRSM et leurs chefs avec lesquels je me réjouis à deux mains, il faut toujours garder à l'esprit que le Peuple métis de la Boréalie ne l'aura pas facilement et qu'il a encore une longue lutte à livrer avant d'en arriver à sa reconnaissance officielle.

En bout de piste, c'est le Peuple métis –et seulement lui– qui aura le fin mot de cette histoire et de cette lutte légitime dont il est à la fois l'auteur et la seule raison d'être...

Russel-A. Bouchard
Lien de Mémoire du Peuple métis de la Boréalie

vendredi, juin 05, 2009

Le pouvoir autochtone au féminin : l'expérience de l'Ilnue Marjolaine Étienne, un exemple à suivre


Voilà un texte (ci-bas) qui devrait inspirer l'ensemble des Peuples autochtones du Québec, et plus particulièrement les communautés métisses qui sont engagées dans un travail de reconstruction sans précédent dans l'histoire de l'Autochtonie des trois Amériques. Je ne le dirai jamais assez : les communautés métisses du Québec doivent impérativement se structurer, sur le plan politique, en prenant appui sur la tradition autochtone, ou il n'y a aucune nécessité pour elles de voir le jour.

Que les chefs, qui ont tendance à vouloir éradiquer toutes contestations dans leur propre communauté, comprennent qu'ils ne seront jamais là tout le temps et qu'ils ont, eux-aussi, intérêt à faire en sorte que les pouvoirs politiques dont ils sont les gardiens n'appartiennent jamais à quelques individus qui mêlent leurs ambitions personnelles dans celles du groupe.

Dans ce sens, le travail exceptionnel du Conseil des Femmes de Mashteuiatsh est à prendre en considération. Cette belle réussite que je salue personnellement, devrait nous faire réfléchir sur le travail qu'il nous reste à faire pour nous mériter, en tant que Métis(ses) le respect de tous les autres qui ne partagent pas notre mémoire identitaire, nos combats et nos rêves.

Russel-A. Bouchard

Photo ci-haut : Plume d'aigle et chemin rouge, symboles autochtones de la force de l'union et de l'amour.
Photo ci-bas : Martine Moissette, Conseil des Femmes métisses de la Boréalie



Texte de Marie-Ève Maheu,
Publié dans Le Devoir des 7 et 8 mars 2009
Cahier G.
Une première historique pour Marjolaine Étienne, de Mashteuiatsh

Vice-chef du conseil des Montagnais du Lac-Saint-Jean, Marjolaine Étienne fait partie des 86 femmes élues des conseils de bande du Québec et du Labrador. Elle siège en leur nom depuis 2006 au Conseil des femmes de l'Association des Premières Nations (APN). Quoiqu'elle ne l'avoue que du bout des lèvres, Marjolaine Étienne est en train de changer le visage féminin du pouvoir autochtone, un pas à la fois.

Lorsqu'elle a été choisie pour siéger au Conseil des femmes de l'APN, Marjolaine Étienne a vite compris qu'elle ne pouvait représenter fidèlement l'ensemble des femmes du Québec et du Labrador. «Je n'avais personne derrière moi, se rappelle-t-elle. Il n'y avait aucune structure de soutien pour me permettre de diffuser l'information que je recevais ou d'échanger sur des questions d'ordre national avec d'autres femmes élues.»

Elle fait part de ce problème à la table des chefs de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL). Ceux-ci acceptent alors de créer un groupe de travail pour trouver des solutions et faire en sorte que les femmes soient mieux représentées.

«Comme femmes, on doit profiter de l'occasion qui nous est offerte d'être présentes de manière forte et articulée, défend Marjolaine Étienne. Par nos idées et nos points de vue, on peut avoir un impact sur l'avenir des Premières Nations.» Ce discours est celui d'une femme qui, il y a sept ans, n'aurait jamais cru faire de la politique.

Avant de faire le saut, elle a notamment travaillé comme professeure et animatrice de loisirs dans la communauté de Mashteuiatsh. «En 2002, mon père est venu me voir et m'a dit que c'était le temps pour moi d'aller en politique. Je lui ai répondu que je n'y connaissais rien. Il m'a dit que j'allais apprendre et c'est ce que j'ai fait. Peut-être a-t-il pensé que c'était le moment pour les femmes de prendre leur place?»

Peu à peu, elle a pris de l'assurance. «Je n'avais pas confiance en moi au départ, mais les gens ont voté pour moi. J'ai alors compris que j'avais quelque chose à apporter dans les sphères décisionnelles. J'ai une vision de femme et de grand-mère également. J'espère pouvoir améliorer les conditions de vie de ma collectivité.»

Pas à pas

L'automne dernier, le groupe de travail de sept femmes élues -- représenté par Marjolaine Étienne -- a organisé un grand rassemblement réunissant toutes les femmes élues du Québec et du Labrador. «Une première historique!», souligne Mme Étienne avec enthousiasme. «Ça nous a permis de nous apercevoir que nous ne sommes pas seules dans notre coin à travailler. Il y a d'autres femmes comme nous qui ont un intérêt pour la politique, et on est certainement plus forte ensemble!»

Cette rencontre de deux jours a permis de dégager les grandes préoccupations des femmes élues de l'APNQL. Parmi ces préoccupations, il y a notamment le sous-financement de l'éducation, le manque criant de logements dans les réserves, la perte de la culture autochtone et l'avenir des jeunes, qui ont un important poids démographique dans les collectivités.

Une autre grande préoccupation soulevée lors du rassemblement porte sur la modification de la Loi sur la protection de la jeunesse, note Mme Étienne. Désormais, un enfant de moins de deux ans qui est placé depuis un an en dehors de sa famille doit le rester jusqu'à sa majorité. «En tant que femmes élues, et femmes d'abord, ça signifie la perte de la culture de nos enfants, de leur identité, de leur langue ainsi que des liens intergénérationnels et familiaux. Selon nous, ça mérite d'être discuté et modifié. Il y a sûrement des actions qui peuvent être envisagées pour rapatrier nos enfants dans nos collectivités.»

Pour Mme Étienne, le rassemblement tenu l'automne dernier a aussi été l'occasion de promouvoir le réseautage entre femmes élues des diverses collectivités. «On peut partager notre expertise, mettre nos idées en commun et échanger sur nos bons et mauvais coups.»

D'ailleurs, le groupe de travail de femmes élues de l'APNQL désire offrir davantage de soutien aux femmes en politique. Elles veulent ainsi maintenir, voire augmenter, leur nombre. Pour y arriver, le groupe planche notamment sur une formation qui serait destinée à celles qui désirent développer leur leadership ou qui songent à se lancer en politique. Cette formation serait offerte en collaboration avec le Centre de développement femmes et gouvernance. «Il faut préparer la relève», dit Marjolaine Étienne.

Un monde d'hommes?

Mme Étienne refuse de percevoir le système politique autochtone comme un monde d'hommes. «Sur 250 représentants élus, on retrouve tout de même 86 femmes, ce qui est bon», fait-elle valoir. Il faut cependant noter que, sur les 86, une seule occupe le poste de chef.

«Il y a un cheminement qui se fait depuis 2001, avec la création d'un Conseil de femmes au plan national, qui nous permet de transmettre nos préoccupations, poursuit-elle. Il y a aussi une ouverture de la part des chefs de l'APNQL pour donner une place aux femmes élues.»

À preuve, le groupe de travail de sept femmes planche maintenant sur la création d'un conseil de femmes de l'APNQL, avec la bénédiction des chefs.

«Après avoir pris le pouls des femmes élues, ce conseil pourra se donner une orientation et cibler des priorités. C'est important d'unir nos efforts sur les dossiers qui nous concernent pour mieux les défendre», conclut Mme Étienne. Le conseil des femmes de l'APNQL devrait voir le jour à l'automne 2009.

***

Collaboratrice du Devoir

mardi, juin 02, 2009

La danse au berdache, chorégraphie de Kent Monkman, au Musée des Beau-Arts de Montréal

Huile éponyme de George Catlin (1796-1872), Smithsonian, Washington.

BERDACHE, retenez bien ce terme que tous les peuples autochtones des trois Amériques (Indiens, Métis, Inuits) sont en train de remettre à l'ordre du jour, et non sans l'avoir rajeuni de la plus belle manière qui soit. Il a été inventé par les Français pour désigner ces êtres particuliers qui s'identifiaient au sexe opposé à leur sexe biologique, qui prenaient leurs habits et qui vivaient selon leurs codes sociaux. Chez les autochtones des trois Amériques (Indiens, Métis et Inuits), il fallait plutôt parler d'êtres aux deux esprits (2 spirited people). Et il n'y avait pas que des hommes puisque ce phénomène de civilisation se retrouvait également chez les femmes, mais en plus faible proportion.

Aujourd'hui, entrent indistinctement dans la catégorie du berdache et des êtres bispirituels, les transgenres, les transsexuel(les), les travesties, les intersexués sociaux, les hermaphrodites et les homosexuels des deux sexes.

Pour ceux qui s'intéressent à cette facette méconnue de la culture autochtone des trois Amériques et qui ont la chance de se trouver à Montréal cet été, il faut absolument faire le détour par le Musée des Beaux Arts de Montréal, 1380 rue Sherbrooke Ouest. Le spectacle se tient jusqu'au 4 octobre 2009

Russel-A. Bouchard




Chronique de :
JÉRÔME DELGADO
Le Devoir, 30-31 mai 2009

Entraînante, dansante même. Envoûtante, ensorcelante. Et intrigante, forte d'une dose mélangeant les sources et les références, les époques et les styles. Avec ses cinq écrans et ses ryth-mes endiablés, l'installation vidéo Danse au Berdache de Kent Monkman a de quoi semer l'émoi.

Du pow-wow dans l'air

C'est à un spectacle qu'on assiste, une chorégraphie, pour cinq danseurs, bien montée et fignolée par un fil musical, narratif, en crescendo. Ça commence avec le Sacre du printemps, de Stravinski, légèrement remixé et imprégné de chants et instruments amérindiens, ça se poursuit avec du techno et ça se termine avec la grandiloquence d'une musique très cinéma.

L'oeuvre qui prend racine au Musée des beaux-arts (MBA) pour les quatre prochains mois risque par contre de garder sa transe communicative bien secrète. Au sous-sol où elle se trouve, les visiteurs se font rares.

Entre rite et expression artistique, entre tradition et spectacle, entre hommage et critique, l'oeuvre met en scène le Berdache, un personnage ambivalent admiré chez les autochtones -- un travesti [sic *], selon notre vocabulaire courant. La danse qui le célèbre s'est surtout répandue dans les nations Sauk et Fox. La mise en scène, et en espace, de Monkman respire la fête. Il y a du pow-wow dans l'air.

Mais l'artiste natif de l'Ontario, lui-même d'origine crie, fait plus que rendre actuel et multimédia ce rituel ancestral. Il revisite le regard que les Blancs ont sur le Berdache et les cultures autochtones. Comme souvent chez lui, son commentaire repose sur ce que nous a légué un large pan de la peinture romantique en Amérique du Nord.

Sa Danse au Berdache tire son origine d'une huile éponyme de George Catlin (1796-1872), conservée au Smithsonian de Washington. Le peintre avait certainement été happé par la scène, mais elle lui avait aussi inspiré cette note: «L'une des coutumes les plus dégoûtantes et les plus inexplicables qu'il m'ait été donné de voir au pays des Indiens... et où il serait souhaitable qu'elle s'éteigne avant même qu'on puisse en attester encore davantage.» On regrette seulement que le MBA n'ait pas emprunté le tableau.

La confrontation Blancs-Indiens sur fond d'homophobie est au coeur de l'art critique et cynique de Kent Monkman. Un travail très éclaté (tableaux, films, performances...), basé sur l'histoire et faisant allusion à l'actualité, mais qui perd à l'occasion son tonus. Dans Salon Indien, une projection sur un tipi qui faisait partie de la Biennale de Montréal en 2007, l'homo-érotisation est trop appuyée.

Sacrifice

Danse au Berdache ne tombe pas dans ce piège. Même les écrans, en forme de peaux de buffle, sont subtils. Certes, le Berdache, qui se dandine sur l'écran du centre, est sexué, avec sa robe rouge transparente et ses talons hauts. Sauf qu'il se donne, et c'est très clair, en spectacle.

Le mélange des genres, des référen-ces, a du sens, plus que jamais. Que le guerrier danse aujourd'hui avec un parapluie ou sur du Stravinski illustre sa réalité: il est à la fois respectueux de ses traditions et imbibé de la culture de l'autre. En donnant un nouveau contexte, très actuel dans sa facture art contemporain, au Berdache, Monkman insinue que les enjeux propres à l'é-poque de Catlin n'ont pas nécessairement été enterrés.

Les rythmes et chorégraphies, le déhanchement du Berdache, le dispositif de l'ensemble des écrans et leur texture translucide, tout est fait pour nous entraîner dans la danse. On ne tapera peut-être pas du pied, il n'y aura pas d'excès, le musée imposant la retenue, mais quelque part, on est appelé à bouger. Or, on peut aussi rester impassible, spectateur passif dans le fond de la salle obscure. Et c'est là que réside, aussi simple soit-elle, la force de l'oeuvre. Ou on passe pour ce George Catlin, témoin curieux et épris d'ethnologie, mais qui refuse de passer le cap de sa première interprétation, ou on célèbre le personnage central, presque plus spirituel que charnel. Les Sauk et Fox admiraient ce travesti parce que c'était un signe du respect de la figure féminine. L'abandon de la masculinité devenait pour ainsi dire un sacrifice des plus honorés.

On a le choix: rester confiné à notre regard d'étranger ou se laisser séduire par la culture de l'Autre. Si les colonisés le font, pourquoi pas les colons?

dimanche, mai 31, 2009

Se démocratiser... ou périr !

Se démocratiser selon le mode autochtone ou périr avant de naître... Les communautés métisses du Québec ont un pressant besoin de revoir leur mode de gestion interne. Le dérapage anti-démocratique est réel dans plusieurs communautés et il faut y voir pour éviter des gouvernements à l'italienne comme celui qui a provoqué l'effondrement de l'AAQ et les tirages de couettes qui ont miné l'ensemble de la cause des Métisses du Québec. Russel-A. Bouchard



Cliquer sur l'image pour lire le texte de Denis Villeneuve, publié dans le Progrès-Dimanche du 31 mai 2009