dimanche, juin 21, 2015

Commission de vérité et de réconciliation : Sans les Métis du Québec, rien ne pourra être fait dans le bon sens



Au début du mois de juin, la « Commission de vérité et réconciliation du Canada » (CVR) a rendu public les 94 recommandations adressées aux gouvernements fédéral et provinciaux afin de « remédier aux séquelles laissées par les pensionnats et faire avancer le processus de réconciliation ». À juste titre, le rapport de la Commission établit que la réconciliation ne sera pas une mince affaire dans le contexte actuel. « Trop de Canadiens savent peu ou prou des profondes racines historiques de ces conflits », rapportent les commissaires qui en profitent pour rappeler que l’histoire des premiers peuples d’Amérique a été dénaturée et déviée de son sens.

Après avoir pris connaissance des conclusions et des recommandations du Rapport, les représentants de la communauté de Mashteuiatsh se sont dit soulagés et ils en ont profité pour qualifier les pensionnats autochtones, qui sont à la base de cette enquête, de « génocide culturel ». Parlant des souffrances qu’il a lui-même subies dans ces horribles pensionnats, l’ancien chef de la réserve, Clifford Moar, a demandé que « cette histoire-là soit enseignée chez nous [et] chez nos voisins », et il a rappelé, à juste titre, qu’il faut d’abord savoir ce qui s'est passé. 
Personnellement, je souscris aux souhaits de MM. Moar et Dominique et je compatise avec tous ceux et celles qui ont subi le mépris, connu l’humiliation et enduré les atrocités dans ces pensionnats. À ces égards, le silence n’est évidemment pas une option et je m’empresse de saluer les efforts menés par les commissaires qui en appellent à la réconciliation. De toute évidence, cette entreprise ne peut passer que par le chemin d’une mémoire autochtone dépoussiérée de ses vieux fantômes, libérée de ses silences et de ses oublis.
Comme Lien de Mémoire des Métis de ma région, j’ajoute ma voix à celles des chefs des Premières nations qui parlent au nom de leurs peuples. Je les appuies dans leurs demandes, mais je leur rappelle qu’ils n’ont pas l’exclusivité de ces injustices et qu’ils devront ajouter, dans la liste de ces oublis, les souffrances des Métis du Québec qui, depuis la fameuse loi de 1851, ont été à la fois soustraits des registres officiels de l’État et amenés à étudier une histoire dénaturée dans laquelle ils n’existaient plus.
Notre histoire est commune, notre mémoire appartient à celle d’une rencontre ; c’est celle d’un partage, d’une alliance, d’une vieille amitié et d’une mort à petit feu programmée de longue date dans les lois du pays. Nous ne voulons pas prendre la place de qui que ce soit ; nous voulons simplement prendre celle qui nous appartient et qui nous revient. Nous voulons être considérés avec justice et nous entendons être reconnus comme l’histoire nous le doit, comme étant celle de l’un des peuples fondateurs de ce continent et de notre région. L’histoire des Indiens du Canada ne peut donc s’expliquer et se raconter sans la nôtre, et ce serait mensonge que de vouloir la raconter autrement.
Les Métis, parce qu’ils ont pris une autre voie que celle des réserves où se sont retrouvés plusieurs autres Autochtones, n’y ont pas échappé eux aussi. Comme les Indiens, ils ont été broyés dans l’histoire officielle du pays. Comme eux, ils ont été amenés à s’écraser. Comme eux, ils ont été dépouillés de leurs droits ancestraux. Certes, nous avons pris une voie différente. Certes, nous nous sommes associés aux arrivants et aux entrepreneurs de la forêt dans laquelle nous étions toujours chez nous. Mais nous n’avons pas renoncé pour autant à notre identité, à nos droits et à notre histoire.
Russel Bouchard
Lien de Mémoire des Métis
21 juin 2015

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