samedi, février 17, 2007

L'Approche commune — De propriétaire à locataire !

L'Approche commune – Ou comment devenir locataire dans son propre pays après avoir été propriétaire...


« Ce sont les Blancs qui vont se retrouver dans une réserve enclavée par des Innus, ce sera au tour des Blancs de payer des taxes au gouvernement autochtone. » Guy Bellefleur, négociateur pour les Ilnutsh de l'Est, in Le Soleil, 19 janvier 2002.

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Les discussions sont définitivement rompues entre « Le Regroupement des locataires des terres publiques » (RLTP), qui compte 5500 membres au Québec, dont 1400 au Saguenay–Lac-Saint-Jean, et les Ilnutsh de Mashteuiatsh. Le point de rupture était inévitable, et je vous avouerai que ce qui m'étonne dans cette affaire c'est que ce ne soit pas arrivé plus tôt. Mais comme on dit : mieux vaut tard que jamais ! Et il est heureux que cela se produise plutôt avant qu'après la signature du traité, que la nouvelle courroie de transmission —M. Detroio— souhaite pour l'an prochain. Car lorsque cela sera fait, les règles régissant l'occupation du territoire seront scellées jusqu'à la fin des temps... à moins d'un coup de chaleur populaire que le président du RLTP ne se prive pas d'évoquer.

Selon ce qui ressort des commentaires publiés ce matin par les médias du Saguenay–Lac-Saint-Jean, la haute direction du RLTP ne peut plus accepter de souffrir autant d'arrogance de la part des chefs Ilnutsh, et notamment de celui de Mashteuiatsh, Gilbert Dominique. Vous pensiez avoir tout vu avec l'affaire d'Hérouxville ? Eh bien détrompez-vous ! Car le pire qui mijote depuis le mois de juillet 2000, n'a pas encore atteint son point d'ébullition. En effet, au cours de la première réunion annuelle du RLTP, tenue cette semaine à Alma, les responsables de l'organisme ont remis une lettre à leurs membres dans laquelle ils ont fustigé les pourparlers sur l'Approche commune et violemment dénoncé les agissements de la communauté ilnut qu'ils disent « immature et manipulatrice ».

Le responsable officiel du dossier de l'Approche commune, M. Réjean Thibeault, n'y va pas par quatre chemins pour dire ce que lui et son groupe pensent des pourparlers, des Ilnutsh et du gouvernement. « Les Ilnutsh sont passés maîtres dans l'art de manipuler les gens, et surtout les politiciens ». L'Approche commune repose sur un principe de base : le temps fait oublier les choses. C'est comme ça qu'ils pensent. Un jour, quand tout le monde aura oublié, ils signeront à leurs avantages, et tout cela aura été fait avec l'approbation de nos gouvernements, dont la seule préoccupation est le droit d'exploiter les ressources naturelles pour faire de l'argent. » Comme cela a été maintes et maintes fois dénoncé depuis le 14 juillet 2000, M. Thibeault a également tenu à dénoncer le manque de transparence flagrant qui caractérise les négociations entre Québec, Ottawa et les Ilnutsh. Et il dit craindre pour « une crise sociale sans précédent au lendemain de la signature du traite » s'il n'y a pas eu acceptatibilité sociale au préalable.

Il n'en fallait pas tant pour faire sauter de ses gongs le chef Gilbert Dominique qui n'attendait qu'une passe du genre pour quitter la table des négociations en se disant, encore une fois, « très déçu » !. Bien qu'il ait refusé de commenter les attaques de ses vis-à-vis du RLTP, le chef Dominique a toutefois pris le temps de préciser qu'il n'entendait pas exproprier tout ce beau monde une fois le traité signé. « Rassurez-vous, dit-il. Il n'est pas dans mes intentions de demander aux villégiateurs de s'en aller avec leur chalet sous le bras. Il peut arriver que dans certaines zones sensibles, il y ait quelques déménagements. » Quand cela arrivera... « nous ferons les choses de façon courtoise », et il appartiendra alors au gouvernement du Québec de dédommager les villégiateurs visés.

Si le chef Dominique pensait calmer le débat sur cette déclaration saugrenue, on ne peut pas dire que le grand Manitou des Ilnutsh aura su l'inspirer. C'est là exactement le genre de déclaration qui envenime au lieu d'adoucir. Cette déclaration exprime effectivement toute le pouvoir qu'il a déjà en main, même si le traité n'est pas encore signé, et devrait nous faire réfléchir sur ce qui s'en vient. Si nous avions besoin d'un autre aveu du danger qui guette tout ce qui n'est pas ilnut dans ce traité, considérons ce mandat comme accompli. Si tout se passe comme le grand-chef l'espère, les Ilnutsh auront incontestablement le droit d'expropriation sur les terres du Nitassinan qu'ils auront péremptoirement et arbitrairement classées comme sacrées. Il ne pouvait être plus explicite et plus conforme envers les déclarations de ses prédécesseurs qui se tiennent l'une dans l'autre comme les maillons d'une chaîne déjà forgée pour étrangler tous ceux qui n'auront pas sur le front, l'estampille « Ilnut, approuvé Canada-Québec ».

Malgré tous les beaux mots d'apaisement prononcés par les courroies de transmission gouvernementales, et malgré tous les discours des politiciens, comprenons que le projet de l'Approche commune, depuis les tous débuts de cette sordide affaire, tient toujours le cap conformément au programme initial qui se résume à ceci : « Contrairement aux traités avec les autres nations où on dresse la liste des compétences, nous [les Ilnutsh] partons avec toutes les compétences assorties d'une liste d'exception » (in Le Soleil, 13 juin 2002). Ce qui, en la circonstance, signifie que tous ceux et celles qui ne sont pas Ilnutsh seront considérés, le cas échéant, comme des locataires dans leur propre pays, des gens dont la présence sera tolérée et dont les droits inaliénables auront été transmués en privilèges accordés par les vrais maîtres du territoire, les Ilnutsh qu'il faudra alors prendre bien soin de ne pas « décevoir »...

Russel Bouchard

5 commentaires:

Richard Harvey, Métis a dit...

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Le problème c'est que les membres du RLTP et leur leaders nous servent les mêmes jérémiades depuis le 14 juillet 2000 sporadiquement, et leurs "montée de lait" épisodiques se terminent toujours de la même manière: un député, un maire ou un ministre leur fait de gros yeux et ils rentrent dans le rang. Pourquoi s'inquiètent-ils? Parce que « ...mon chalet est-tu dans ‘a ligne". C'est la seule chose qui les perturbe dans ce funeste dossier.
Si j'était le chef Dominique je ne m'en formaliserais pas outre mesure. Ce n'est rien de plus qu'une nouvelle épisode que les sbires de l'Approche commune finiront par régler, au cas par cas s'il le faut. Y'a pas de quoi fouetter un chat! Les gens du RLTP n'attendent que ça, et sont sûrement prêts à lâcher le morceau à la première offre qui garantira leur privilège!

Les préoccupations « terre à terre et intéressées » des propriétaires de chalets sur les territoires publics sont très secondaires dans mon esprit. Je ne déchirerai sûrement pas ma chemise pour ça!
Ils auront le respect de tous le jour où ils réaliseront qu'ils se sont fait "floués" par ceux-là même qui s'apprêtent à solliciter leurs votes et qu'ils feront le nécessaire pour leur faire payer leur trahison. Il existe des "solutions"au problème et les dirigeants du RLTP sont bien conscients de ce fait.

Il n’y a plus de place pour la demi mesure. L’alternative est la suivante : ou ce peuple dont ils sont issus se lève et fait valoir ses droits comme Métis et Canadiens-français conformément à la loi constitutionnelle canadienne et reprend définitivement le contrôle de sa destinée, ou il se résigne à n’être qu’une pièce sur l’échiquier social du Québec, une ethnie dans le melting-pot québécois, et perd tout, jusqu’à son identité... et pourquoi pas ses privilèges dérisoires qu’ils échangeront contre sa quiétude et sa soumission.
C’est à chacun d’entre eux d’agir !

Les paris sont ouverts ? ( !)

Richard Harvey, Métis a dit...

Russel, pouvez-vous faire quelque chose pour l'édition. Sur mon écran le titre chevauche le texte!
Je crois bien que les titres sont trop longs.

Anonyme a dit...

Est-ce que cela est mieux ainsi ?

Russel

Richard Harvey, Métis a dit...

C'est très bien ainsi!

marcel sylvain tremblay a dit...

Bien dit, monsieur Harvey.