mercredi, avril 02, 2008

L’Approche commune...pour ET contre !

Commentaire de Richard Harvey
L'Ascension de N.-S.,
Clan Métis Lac St-Jean/Piékouagami

L’Approche commune...pour ET contre !

« Dans les esprits, à jamais tu vivras...par les traces laissées sur ton passage. » ( anonyme)

L’Approche commune, même si elle possède à certains égards les qualités d’un essai valable quant à la cristallisation des droits fondamentaux des autochtones au Québec et au Canada, a néanmoins deux grands défauts qui grèvent dramatiquement sa portée et sa crédibilité.

Le premier, c’est d’être exclusive et « ségrégationniste » dans le sens où les notions de partage, de responsabilisation et de solidarité humaine sont absentes du concept. Et le deuxième, c’est qu’elle procède d’une vision erronée du développement et de l’accomplissement des communautés autochtones de ce pays. Une vision « intéressée » pourrions-nous dire. Une façon nouvelle et originale de protéger les intérêts des grandes corporations canadiennes et étrangères (surtout !) et des institutions économiques et politiques par l’établissement d’un partenariat exclusif avec les Innus . Les intérêts de l’ensemble n’étant plus protégés par la « masse critique » de la population soumise à la désintégration et à la déportation systématique, la porte est désormais grande ouverte à l’établissement d’un ordre économique de prédation de ressources et d’exportation de la richesse, ce que d’aucuns désignent comme une forme « hystérique » du capitalisme mondial. Une société expansionniste à outrance basée sur la croissance exponentielle, la surconsommation et le gaspillage.

Les Métis de la Communauté Métisse du Domaine du Roy et de la Seigneurie de Mingan (CMDRSM) sont très certainement contre cette « Approche qui n’a de commun que le nom » justement pour ces raisons. C’est facile à comprendre. Dans la vraie vie, sur ces territoires tout n’est pas nécessairement rouge ou blanc. Nous nous opposons d’abord à ces négociations sur le fond parce qu’elles ne s’inscrivent pas dans une démarche plus large de partage, de protection et de responsabilisation par rapport à cette humanité menacée de s’appauvrir et de disparaître. Une démarche utilitaire élargie où les territoires seraient co-gérés par ceux qui l’occupent dans le respect des prérogatives de chacun. Une approche économique  « territoriale » où la productivité se mesurerait d’abord dans la capacité et l’habilité des populations qui habitent ces territoires, à satisfaire leurs besoins intérieurs pour ensuite, toujours en vertu de cette approche utilitaire optimale, satisfaire en tout ou en partie des besoins extérieurs éventuels par des échanges, des exportations et un commerce qui seraient bénéfiques et profitables pour l’ensemble des occupants du territoire. C’est au moins mille fois plus qu’un InnuAssi. C’est certainement plus complexe aussi !

En lieu et place les protagonistes nous proposent une approche « affairiste » mondialisante strictement « financiarisée » où l’économie territoriale, source d’enrichissement des collectivités locales est évacuée. Une approche où un petit segment de la population - environ 15000 Innus pour 45% du territoire du Québec - sera ultimement soumis aux pressions irrésistibles des grands marchés financiers mondiaux qui ont les yeux rivés sur les ressources incommensurables du territoire, et aux pressions politiques, légales et institutionnelles que les gouvernements envers qui les Innus seront redevables, ne manqueront ni ne cesseront d’imposer. Une approche qui donne lieu à un appauvrissement collectif, une « africanisation » progressive de l’économie de ces territoires au bénéfice du portefeuille des actionnaires, des dominants et au détriment des collectivités et des plus démunis.

Nous nous opposons aussi sur la forme que prennent ces négociations parce que ces dernières, proposées par le gouvernement du Québec et approuvées par le fédéral ont strictement pour but premier justement de renforcer ce « clivage », cette « ségrégation » entre les peuples pour donner plus de place aux États (Québec/Canada) devenus irresponsables et « aplaventris » devant les puissants oligopoles mondiaux - les compagnies minières, forestières, pétrolières, financières et autres.

L’exclusion des Métis et des autres peuples qui ont occupé, développé et protégé ces territoires depuis les premiers contacts est une disgrâce et une tache qui restera irrémédiablement incrustée dans la Mémoire collective de ces peuples, si rien ne change. C’est plus encore, un affaiblissement voire un effondrement des assises représentatives, politiques et démocratiques de l’ensemble des territoires de l’arrière-pays. Une tragédie en soi.

C’est plus qu’une négociation sur la définition d’énigmatiques droits ancestraux dont il est question ici. Plus que la réparation d’une injustice ou que la contrition. C’est plus encore que l’avenir de ce peuple – les Innus – dont il est question. C’est aussi l’avenir du peuple Métis, des Canadiens français et de tous ces autres sans qui ce pays n’existerait pas. C’est l’avenir du pays entier qui se joue présentement ; le sort de générations d’humains, Indiens, Métis, Canadiens français et autres. Cela incite plus à la réflexion qu’à la réaction spontanée il va sans dire !

Nous sommes contre cette façon de faire parce qu’on ne réplique pas au traître par la traîtrise, pas plus qu’on ne répare une injustice par l’injustice. Parce que les gouvernements doivent impérativement repenser ces négociations et refaire leurs devoirs envers tout le monde. Parce que nous devons collectivement repenser nos façons de faire et nos comportements. Parce que nous devons relever le défi de l’avenir en devenant plus responsables en regard de ce qui nous est commun : l’humanité et le territoire. Parce que nous devons mettre en commun notre expertise, notre connaissance du pays réel, celui que nous habitons, pour qu’il devienne ce qu’il devrait être. Le résultat tangible de la rencontre de deux Mondes. La démonstration d’un modèle de société et de collectivité autochtone indienne, métisse, canadienne française et autres adaptée aux grands espaces et maîtresse de son destin dans une humanité ouverte aux différences et égalitaire, dans le respect encore une fois des compétences et prérogatives de chacun.

C’est le sens à donner à la marche du peuple Métis du Québec. C’est sa mission. C’est le sens de sa prophétie. Il appartient à chacun d’entre nous d’être un maillon de la chaîne.

5 commentaires:

Anonyme a dit...

Le 2 avril 2008.

Bonjour M. Harvey;

Plus on avance dans le temps, plus le temps presse de prendre conscience des enjeux et de réagir collectivement.

Bravo pour votre texte, vous tapez dans le mille. C'est un bon début...

Il faut absolument bloquer cet abominable traité qui va nous conduire tout droit vers une guerre civile. j'en suis personnellement persuadé.

Ce n'est pas un traité, c'est un dictat.
Les négociateurs sont en conflit d'intérêt majeur contre notre majorité, voir le texte RioTinto, danger, danger au sujet de Yves Fortier sur Akakia.

Avec ce traité, le Québec n'est plus une province du Canada mais un territoire fédéral géré par une minorité soumise aux volontés de la fédération.

Il faut réagir maintenant....

Rappelez-vous la réponse de Jean Chrétien lors du référendum, il a dit que le Canada se considérait en guerre et c'est exactement ce qu'il a fait pendant le référendum, il aura certainement dépensé des centaines de millions en propagandes sympathiques pour nous cacher ses véritables intention et nous faire perdre le référendum.

Ça continue, rappelez vous la promesse de Charest de réduire les impôts des Québécois de 1 milliard de dollars par année pour se faire élire alors qu'il savait très bien qu'il ne dispose d'aucune marge de manoeuvre budgétaire.

Les Québécois se sont contenté de sourire et de se croire invincibles... quel horreur.

Un pays en guerre, contrôle l'information et le Canada le fait, j'en ai fait la preuve sur saglacweb.com.

M. Charest collabore au maximum pour nous mettre en boite le plus tôt possible.

N'acceptons pas comme peuple ce que l'on accepterait pas entre voisins.

Votre texte me réjouit car il ressemble à une prise de conscience des enjeux en cours et des moyens qui sont utilisés contre nous pour arriver à les rencontrer.

L'approche commune est un crime contre l'humanité et des génocides culturels.

C'est une exclusion de groupes de citoyens au moyen de la création d'un apartheid par la ségrégation de langues et de droits au lieu de la couleur de peau.

Nous n'avons pas le droit de laisser faire, de baisser les bras et de fermer les oreilles et les yeux. Il faut sonner le réveil, c'est urgent...

Une autre conséquence non négligeable, et vous l'avez soulevé partiellement, c'est l'absence de réel contrôle des citoyens sur leur environnement. Les multinationales pourront faire ce qu'elles veulent sans se préoccuper des citoyens et de l'environnement. On retourne aux lois de la jungles;

Les métis doivent serrer les rangs et relever le défit, vous êtes dynamique et ouvert d'esprit, le bon sens finira bien par réveiller la masse. Il faut faire pour le mieux sans s'occuper des emmerdeurs.

Il faut aider le petit village des Escoumins car c'est notre problème aussi.

Bravo encore...

Jean-Pierre Plourde,
saglac@gmail.com
saglacweb.blogspot.com

Anonyme a dit...

C'est quand qu'on va où?

VIVE LA BORÉALIE LIBRE! MAINTENANT!

Voilà le pays à vivre. Le seul que l'on peut s'expliquer. Le seul qui est NÔTRE!

Si on pouvait se débarasser des États....il serait déjà à nous ce pays...aux autochtones de la place.

À ceux qui ont une identité! Les Métis, les Indiens...et les Canadiens français, tributaires de leur territoire.

Richard Harvey

marcel sylvain tremblay a dit...

Votre point de vue est très clair, monsieur Harvey. Ça fait quelques fois, peut-être deux ou trois, que je relis votre prise de position, pour bien comprendre, et si l'argent avait une odeur, je dirais, comme vous, que ça sent l'argent. C'est sûr que s'il n'y avait pas d'argent à faire là-dedans, on aurait discuté calmement, franchement, avec toutes les cartes sur la table, plutôt qu'en cachette, nerveusement et avec une idée derrière la tête autre que celle qui est mise de l'avant.
La question est délicate, plus je m'informe sur cette affaire, plus j'en vois des facettes différentes chaque jour, et plus je dois faire attention à ce que je dis, car je vois que c'est très sérieux, très très grave.
La manière de faire de la politique des Amérindiens est très spéciale. Voilà des peuples qui se côtoyaient depuis des milliers d'années, sur un continent paradis terrestre, et il se trouve que chacun avait son territoire, qu'il défendait tant bien que mal pour avoir la paix. D'où, quand on regarde une carte des Nations amérindiennes avant l'arrivée des Européens, on voit véritablement une sorte de monde tout à fait normal, avec des échanges, un respect mutuel, une vie pas très différente de celle qu'il y avait un peu partout dans le monde, à ce moment-là, finalement.

Qu'est-ce qui a fait que tout a basculé, tout d'un coup, et que cette harmonie (relative, je le sais, mais ça, c'est la même chose aussi partout ailleurs) entre les peuples aie disparue, des territoires nationaux bannis de la carte au profit d'empires européens redessinés autrement suivant leurs intérêts, différents des Premières nations occupantes?

C'est là, par cette question, que j'en arrive à la façon dont les Amérindiens font de la politique. Pourquoi ont-ils laissé les Européens immigrants intégrer leurs territoires plutôt que de les intégrer dans leur territoire (propre à chaque nation amérindienne)?
Dire, par exemple,
- "Vous, les Français, vous êtes sur le territoire de telle Nation indienne, où nous sommes souverains, et vous avez la nationalité de cette Nation, en tant qu'immigrants."
et dire au Roi de France qu'il n'a pas d'affaire à intégrer leur territoire au Royaume de France (comme colonie).
Si ça c'était passé comme ça, la France et ces nations auraient établi des relations diplomatiques, de pays à pays, et les Anglais se seraient tout à fait mépris de cible quand ils ont attaqué les Français en Acadie et en Nouvelle-France, car ça n'aurait pas été des colonies françaises qu'ils auraient soumises, mais bien des Nations Amérindiennes,
souveraines. Or, ne leur ayant jamais déclaré la guerre, à ces Nations amérindiennes, les Anglais n'auraient jamais pu faire signer des traités de reddition aux Français en regard de ces colonies, car ce n'aurait pas été, en fait, des colonies françaises, seulement des colons Français établis en terres amérindiennes propres, souveraines, en tant qu'immigrés.

Voyez-vous, comment se fait-il que les Nations Amérindiennes de toute l'Amérique du Nord tiennent mordicus à leur territoire d'origine, comme si c'étaient toujours des Nations souveraines propres?

Ne serait-il pas parce qu'il y a eu méprise quelque part, qu'ils nous considèrent toujours comme des immigrants dans leurs propres nations, et non pas comme des conquérants à la solde d'une quelconque autre nation?

De là à la façon des Amérindiens de faire de la politique: parlons seulement de la même chose? Sommes tous, en réalité, des Innus, de Québec aux confins nordiques du Québec? plutôt que des Québecois canadiens, anciens colons Français occupés par la Couronne britannique suite à une guerre avec la France, devenue depuis la Couronne canadienne. Qu'est-ce qu'ils font, ces gens-là, qu'on appelle Innus, qui réclament des droits, des pouvoirs politiques, des redevances, le respect de leur culture, etc.?

Bien qu'il puisse sûrement y avoir une question d'argent comme moteur derrière cet invraisemblable, injuste, abracadabrant, projet de traité, extrêmement dangereux, j'y vois aussi un malaise profond, dans notre société, qui nous vient de la tradition orale de ces populations Innus, une mémoire que nous n'avons pas, nous. Ils se rappellent des choses que nous ne savons pas, qui ne sont pas écrites, même dans les livres d'histoire et de préhistoire les plus savants. Ils sont capables d'expliquer des choses que les archéologues ne sont pas en mesure de comprendre, ni les ethnologues.
Moi, je serais fier d'être un Innu, si on m'acceptait comme un Innu, si on voulait me laisser partager ce savoir, cette sagesse, cette terre immense qu'ils possèdent depuis la dernière glaciation. Je serais fier d'être descendant d'un immigrant en terre Innu, souveraine.

De là si on parle effectivement de la même chose. Comment se fait-il que ces gens des réserves et des territoires ancestraux se prétendent les seuls occupants légitimes de cette terre ancestrale? au point d'en réclamer la seule gouverne, aux mépris des autres descendants tout autant légitimes des Innus, et même des immigrants en Terre Innu?
C'est là que le bât blesse, qu'il y a quiproquo, imbroglio, impasse. Nous n'accepterons jamais ce projet de traité. Nous aussi, nous sommes Innus, de nationalité Innu.

marcel sylvain tremblay a dit...

Être de descendance Innue, ça comprend autant tous les métis Innus aussi, mais être de nationalité Innue, ça comprend tout autant aussi les immigrants en Terre Innue, même s'ils ne sont pas de descendance raciale Innue, c'est ça que je voulais dire (quoi qu'en disent les textes juridiques, ils peuvent bien s'empêtrer dans leurs filets, ça m'est égal, ce n'est pas de cela dont je parle).
Maintenant, reconnaître ces Métis Innus et Immigrants en Terre Innue, il semble que ce soit une tâche difficile pour ces gens des réserves. Pourtant, le fait qu'ils soient là, ces Métis et ces immigrants, c'est qu'ils ont été acceptés quelque part, et je pense qu'on peut bien se passer du passeport Innuassien pour exister et défendre nos droits, car eux, ils se basent sur la race pure, la pureté de la race. J'aurais honte d'avoir un passeport Innu basé sur la pureté de ma race! et c'est ausi pour ça que je répudie cet infâme projet de traité de l'Approche commune, que seules des personnes complètement ignorantes peuvent signer. J'espère qu'un gouvernemnt québecois ne fera jamais celà, ni un gouvernement canadien; je préférerais qu'ils le soumettent à l'Assemblée Nationale et au Parlement d'Ottawa auparavant, même, au même titre que toute loi, avec analyse article par article, et voir la rougeur de leur honte sur leurs visages, à la télévision, ces élus qui sont en train d'attenter à l'intégrité du territoire québecois.

marcel sylvain tremblay a dit...

Et en train, aussi, ces élus, de reconduire la reproduction contrôlée et réglementée de la dynastie des Innus sur Innu Assi, en leur faisant croire qu'on les libère du carcan cent cinquantenaire de la Réserve. Si cette affaire provenait d'un laboratoire de généticiens, ces savants seraient arrêtés et condamnés tout de suite, et ces gens libérés avec soins immédiats, et compensation par la suite.
C'est pas des farces, cette affaire-là, si ça se passait en anglais, ça ferait longtemps que le monde entier en serait avisé et informé, et ce papier considéré d'une bien autre façon que d'un projet de traité. Il y a toujours un bout à nous prendre pour des valises, des innocents et des caves!